L’inceste, un « fléau de santé publique de l’ombre »

Il y a deux idées fausses concernant l’inceste : la première étant que c’est une violence rare, la seconde qu’elle est punie par la Loi. En réalité, l’inceste est une agression beaucoup plus répandue que l’on imagine. De surcroît, le Code Pénal ne prévoit toujours pas une condamnation explicite pour inceste.

25 ans après la Convention Internationale des Droits de l’enfant, qu’est-ce qui a changé ?

IncestePas grand chose, du moins, sur la question épineuse de l’inceste. Nous l’avons dit, il n’est toujours pas reconnu comme étant un crime (pas même un délit), même pas comme facteur aggravant, dans le Code Pénal. Par ailleurs, les condamnations pour agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans n’étant jamais mises de paire avec celles de l’inceste, il est extrêmement difficile de quantifier ce problème.

D’après un sondage pour l’Association internationale des victimes de l’inceste (AIVI), datant tout de même de 2009, environs 2 millions de personnes seraient victimes d’inceste en France. Mais, pour la Présidente de l’association, ce chiffre est probablement sous-estimé. La question du nombre de victimes de ce fléau et l’incapacité à protéger les enfants a été reposée mercredi par un colloque à Paris. Un des membres participants, Cédric Grouchka, (membre du Collège de la Haute autorité de santé) estimait que l’inceste serait « 10 fois plus fréquent que ce que l’on sait. »

L’inceste, entre les chiffres inexactes et l’affaire Outreau, difficile de comprendre

Pour comprendre toute l’ampleur de la difficulté à saisir la réelle proportion d’inceste, il faut garder en mémoire deux choses : comme il n’est pas condamné, il est difficile de quantifier les procès traitant d’agression incestueuse. La seconde chose à analyser concerne les chiffres suivants, probablement en dessous de la vérité :

  • 90% des agresseurs incestueux sont des hommes,dont plus de 70% sont les grands-pères, pères ou frères des victimes
  • En moyenne, une victime d’inceste ne témoigne que 16 ans plus tard
  • 30% des proches qui recevraient les aveux d’une victime préviendraient les autorités.
  • 60% de ces mêmes proches préfèrent « attendre des preuves »
  • 6% de ces mêmes proches gardent le secret
  • 70% des parents dont les enfants ont été victimes d’inceste seraient dans le déni
  • Par ailleurs, l’affaire Outreau, et ses nombreux rebondissements juridiques a contribué à jeter un certain discrédit sur la parole de l’enfant (ici, enfant veut dire jusqu’à 15 ans). Pourtant, les fausses déclarations ne concernent en moyenne qu’un cas sur mille.

    Enfin, à noter que, selon la pédopsychiatre et présidente du Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et de l’adolescence (REPPEA), Eugénie Izard :

    « Pour un survivant à l’inceste qui décide de parler, c’est un véritable parcours du combattant qui s’engage, encore plus traumatique que l’agression subie. »

    Source : AFP

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