Goncourt : Lydie Salvayre gagnante, l’occasion du rédacteur

Chaque année, c’est la même chose, des gens se réunissent en conclave pour décerner le prix Goncourt, la Presse s’excite pour savoir qui va l’emporter, le tout dans un lustrage en règle de la virgule… Chaque article va retracer le nom de l’auteur gagnant, sa vie, son oeuvre ; chaque rédacteur rivalisera de super-relatifs pour un ouvrage qu’il n’a pas lu. En d’autres termes : tout le monde y va de son petit point-virgule histoire de s’improviser écrivain le temps d’une journée.

Et donc, Lydie Salvayre l’a remporté pour quelle raison ?

Pour son dernier livre : « Pas pleurer », une fiction-historique se déroulant en pleine Guerre Civile d’Espagne. Et nous nous arrêterons là. Pourquoi ? Parce qu’à l’instar de nos confrères, nous ne l’avons pas (encore) lu, il est donc inutile de vous abreuver de mots de plus de deux syllabes, histoire de vous prouver qu’à Mehach-Magazine on sait écrire.

La Presse qui rêve du prix Goncourt ?

Ce qui m’amène à cette question : quand on lit les nombreux papiers édités, on en vient à se demander si la remise du prix Goncourt (ou de tout autre prix littéraire), n’est, au final, pas l’occasion pour le rédacteur de s’épancher longuement sur son dictionnaire des synonymes. Oubliant totalement qu’il s’adresse avant tout à un large public, le rédacteur s’offre systématiquement une envolée lyrique presque frénétique. J’exagère ? Absolument pas, petit florilège de « jolis-mots-regardez-j’aurais-pu-être-écrivain » trouvés dans divers articles numériques :

  • « […]elle se laisse ventriloquer par la prose envoûtante de Bernanos[…] »
  • « Avec sensibilité et insolence, elle proclame magnifiquement sa fidélité au langage de la jeunesse[…] »
  • « ]Les thèmes abordés par l’auteure se bousculent, à travers cet été 1936 où l’Espagne chavire et le destin de sa mère bascule.[…] »
  • « À peine Lydie Salvayre avait-elle séché ses larmes[…] » Notons ici le jeu de mots avec le titre !
  • Ceci n’est qu’un échantillon, petit, mais gratuit. Ce procédé est vérifiable dans les reportages vidéos, d’ailleurs. Un bon rédacteur, c’est celui qui va tenter de planter -platement- le décor à la Maupassant, mais qui n’arrivera jamais à dépasser le suspens-mystérieux de Louis la Brocante. Dommage, il faudrait inventer un prix rien que pour ça !

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