Jeux vidéo, vecteurs de la propagande Djihadiste selon Le Figaro

Il y avait longtemps que les jeux vidéo n’avaient pas été cités comme étant une oeuvre du diable ! Au détour d’un article bâclé, Le Figaro titre : « «Lol cat», Seigneur des anneaux et jeux vidéo… ces vecteurs de la propagande djihadiste« . Le ton est donné, on a envie de cliquer pour connaître la brillante -on n’en doute pas- analyse de cet éminent quotidien. En ligne de mire : Assassin’s Creed Unity.

Quand un journaliste du Figaro parle d’un jeu qu’il ne connaît pas

Le début de l’article pose déjà les jalons d’un cruel manque de recherches et de références de la part du journaliste et, plus généralement, du quotidien en ligne :

« Et si les décapitations commises pendant la Révolution française pouvaient être instrumentalisées par la propagande islamiste? La question, pour le moins iconoclaste, est prise très au sérieux par certains experts qui craignent déjà la sortie programmée le 13 novembre prochain d’Assassin’s Creed Unity, dernière version du célèbre jeu vidéo d’action et d’aventure qui fait fureur auprès des adolescents.« 

Nous vous rassurons immédiatement : ces fameux « experts » cités dans l’article sont inconnus (du moins, non-cités). Le papier s’appuie donc sur un fait invérifiable et demande au lecteur de croire religieusement cette affirmation. Assassin’s Creed (entre autres) est dangereux puisque des experts l’affirment ! Notons d’ailleurs la condescendance (désinformée) du rédacteur « auprès des adolescents ».

Assassin's Creed Unity

Voici donc l’image de une choisie par le rédacteur. Soudainement, on les trouve bien barbus les assassins…

Rappelons que, depuis son premier opus, Assassin’s Creed est un jeu vidéo frappé du PEGI 18+, s’adressant, de facto à des « adultes ». Par ailleurs, selon un article du NouvelObs (s’appuyant sur une étude menée par le Sell) , la moyenne d’âge des joueurs de jeux vidéo serait de 38 ans. De grands adolescents donc. Cela dit, on comprendrait aisément qu’au Figaro, ils ne lisent pas les concurrents.

Par la suite, l’article présente très succinctement le concept d’Assassin’s Creed comme ceci :

« Mettant en scène à l’origine des descendants d’une lignée séculaire d’assassins qui répondent au temps des guerres saintes à un grand maître spirituel pour rétablir la justice sur terre, […]« 

masyaf Assassin's creed

Une partie des ruines de Masyaf, Syrie

Nous nous permettons d’apporter des précisions. Le premier Assassin’s Creed ne met pas en scène des « descendants […] d’assassins ». Il met en scène les Hašišiywn, membres de la secte d’assassins Nizârites, qui a réellement existé. Le mot « assassin » est tout bonnement un dérivé du vieux terme Persan. Le joueur devait donc incarner UN descendant d’un illustre assassin (fictif) ayant officié pendant la Troisième Croisade. Cependant, il est vrai qu’Altaïr (l’assassin en question) répond aux ordres d’Al Mualim (version fictive de Rachid ad-Din Sinan, « Le Vieux de la Montagne » de Masyaf). En revanche, il n’est nullement question de rétablir la « Justice ». Les assassins dans Assassin’s Creed se battent contre les Templiers, qu’ils accusent de tenter de prendre le contrôle de l’Humanité. Tout au long de la saga d’AC, la seule question posée est et restera celle de la liberté de l’Homme et de la manipulation de la Vérité (N’est-ce pas ?), d’où le credo : « Rien n’est vrai, tout est permis« .

L’article explique, par la suite, que le nouvel opus d’AC, Assassin’s Creed : Unity, se déroulant en pleine Révolution Française, pourrait bien être une source d’inspiration pour les vilains terroristes. Pour appuyer cette thèse, le journaliste n’hésite pas à citer un dénommé « Sulaymân » [Ndlr : Nom de famille omis par le Figaro : VALSAN] du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam. Malheureusement, nous avons eu beau faire des recherches, en dehors du nom de famille et de la fonction de M. VALSAN, nous n’avons pas trouvé cette déclaration. Nous nous contenterons de noter que Le Figaro semble penser que « Sulaymân » est un nom propre… Raté Christophe [Nldr : Prénom du journaliste] !

Quoi qu’il en soit, nous nous permettons de revenir sur cette « citation » attribuée à M.VALSAN :

« […]Le message est d’autant plus fort qu’Unity rappelle la notion de “Tawhid”, c’est-à-dire l’unité et le retour au principe divin qu’il n’existe rien en dehors de Dieu. »

Figurine Assassin's Creed Unity

Notons ce qui est gravé derrière l’Assassin : « La Liberté, ou la mort ». Non pas « Dieu est unique ». (Cliquez pour agrandir)

Sur ce point, nous pouvons accorder à Monsieur VALSAN (ou bien est-ce au Figaro, on commence à se poser la question) que le nouveau titre d’AC repose bel est bien sur la notion d’Unité. En revanche, certainement pas sur celle de Dieu. Cela est facilement vérifiable quand on connaît la trame présentée par Assassin’s Creed -et ce, dès le premier opus- concernant l’hypothèse d’une première civilisation ayant donné le panthéon Gréco-Romain. Nous ne nous étendrons pas ici, expliquer la mythologie d’Assassin’s Creed demanderait un article entier.
Assassin’s Creed Unity ne fait rien de plus qu’explorer un autre pan de l’Histoire de l’Humanité, au même titre que les précédents volets s’étaient intéressés à la Guerre d’Indépendance aux USA, à la Piraterie, à l’Italie des Borgias, ou encore, à la troisième Croisade.

Dans la suite de l’article, l’auteur nous explique que les vilains terroristes utiliseraient Matrix et Le Seigneur des Anneaux pour leur propagande.

Omar Omsen ou Omar Diaby, le cinéaste du Djihad

Voilà le nom de ce fameux méchant-terroriste-cinéaste-adorateur-de-Tolkien. Sous le nom de Omar Omsen, cet homme publie de nombreuses vidéos qui font l’apologie de la nouvelle Guerre Sainte. Nous n’allons pas revenir sur le profil de cet homme, de nombreux journaux ont parlé de son cas cet été. En revanche, et ce malgré de longues recherches, nous n’avons pas été en mesure de retrouver ces fameuses vidéos utilisant Matrix, le Seigneur des Anneaux et toute autre invention du vilain Sheitan.

Complot visant à étouffer les preuves du Figaro ou simple désactivation (tout à fait normale) de vidéos visant à propager la haine de l’autre ? Nous penchons pour la troisième option : le journaliste n’a pas regardé les vidéos encore en lignes émises sous le nom d’Omar Omsen. Nous si, et, maintenant que nous sommes probablement surveillés du fait de ce visionnage, nous sommes au regret d’annoncer que l’on aurait préféré voir une parodie Djihadiste d’un Frodo et Sam luttant contre le Mordor…

Les seules références à Assassin’s Creed qui ont été relevées au cours de cette mini-enquête sont tout simplement l’utilisation de la police d’écriture et du fond d’incrustation que l’on retrouve dans le support original d’AC. Il faudrait penser à les interdire, ça et le Time News Roman et Le Comic sans MS !
Nous avons également noté dans une des vidéos, l’utilisation de l’imagerie et des sons d’Iron Man (dans un trailer que l’on ne peut pas citer). Nous nous étonnons que Le Figaro n’ait pas ajouté Tony Stark à sa liste de dangers pour la jeunesse…

Les Chats aussi sont des alliés des vilains terroristes

Sur la dernière partie de l’article, le Figaro explique que les propagandistes utilisent les « LoLCats » :

« Comprenant que la diffusion de récentes scènes de décapitations d’otages était un repoussoir auprès du jeune public […] une des trouvailles des fous de Dieu pour ferrer leurs recrues est de surfer sur la vague dite du «Lol cat» dont raffolent les midinettes. Fleurissent ainsi sur Facebook des photos de combattants en treillis, […] donnant un biberon de lait à d’attendrissants chatons. »

Si l’information est vraie (oui, les mecs tentent réellement de s’humaniser en se montrant avec des chatons), le terme de LoLCats fait bondir. Pourquoi ? Parce que, par définition, un LoLCat est une image drôle utilisant un chat. Drôle. LoL. Rire quoi.
Un LoLCat est tout simplement une image d’un chat avec une phrase supposément dite par ce même chat. En rapport avec l’attitude qu’il a sur la photo, le texte se veut humoristique et en anglais déformé. Cela a donc donné l’expression « Kitty Pidgin », puis « lolspeak » et enfin « LoLCats ».

A croire qu’il s’agissait moins pour le rédacteur d’être exact que d’utiliser un mot-clef à fort potentiel de visites sur le Web. Mais on va dire que je suis médisante après ça…

LolCat

Le Figaro donc use de vieux concepts pour faire parler de lui

Et cela fonctionne, la preuve, je suis toujours en train d’écrire. En titrant directement sur des mots-clefs (comprendre « souvent tapés sur les moteurs de recherche ») et en s’attaquant à une communauté (celle des jeux vidéo) régulièrement fustigée et porteuse de « buzz » ; Le Figaro démontre, une nouvelle fois, ce qu’est le nouveau journalisme : beaucoup de bruit, quelques références biaisées piquées de-ci, de-là et une bonne mise en page.

Si l’on devait croire sur parole ce papier, on interdirait à nos enfants d’approcher le moindre livre d’Histoire traitant de la Révolution Française ou des Croisades. On les punirait d’avoir, une seconde, envie de donner à manger à Félix qui miaule déjà à la mort depuis deux heures dans la cuisine. En revanche, on les laisserait devant les journaux télévisés, devant le dernier Meeting Politique du jour, ou encore, devant le délicieusement Chrétien « Narnia ».

Heureusement, nous ne prenons pas si facilement peur, il faudrait au moins un reportage de TF1 pour commencer à y croire…

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